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Japon

Time Traveller

aka Time Traveller : The Girl Who Leapt Through Time - Toki o Kakeru Shojo - 時をかける少女 | Japon | 2010 | Un film de Masaaki Taniguchi | Avec Riisa Naka, Akiyoshi Nakao, Narumi Yasuda, Masanobu Katsumura, Kanji Ishimura, Munetaka Aoki, Anna Ishibashi, Shota Chiyo

Akari Yoshiyama vient d’être acceptée en pharmacie à l’Université de Shôtoku, où sa mère Kazuko est elle-même pharmacologue. Une scientifique un tantinet excentrique, qui collectionne les pièces de monnaie de 1972 et travaille sur un singulier liquide, capable de faire disparaître, littéralement, les fourmis qui le boivent… Un jour que Goro, fidèle ami de la famille et probable amoureux transi, remet une vieille lettre qu’il a trouvée dans ses affaires à Kazuko, la photo et le brin de lavande qu’elle renferme perturbent tant cette femme enjouée, qu’elle se fait renverser par une voiture. Avant de sombrer dans le coma sur son lit d’hôpital, elle explique à Akari qu’elle doit utiliser son fameux liquide non pas pour disparaître, mais pour voyager dans le temps, jusqu’en 1972 pour être précis, afin de transmettre un message à un certain Kazuo Fukamachi – le jeune homme de la photo. Mais Akari se trompe, et déboule en 1974 où elle fait la connaissance de Ryota, otaku avant l’heure et aspirant réalisateur, qui va, bon gré mal gré, l’assister dans sa quête.

Comme son titre ne l’indique pas, ce Toki o Kakeru Shojo cru 2010 n’est pas plus une nouvelle adaptation du roman de Yasutaka Tsutsui que ne l’était le long métrage d’animation éponyme de Mamoru Hosoda en 2006 (La Traversée du temps). Empruntant à ce dernier l’actrice qui donnait sa voix à la bondissante Makoto Konno - la charmante Riisa Naka, que l’on a par ailleurs pu admirer cette année en Zebra Queen dans le Zebraman 2 de Miike –, le premier film de Masaaki Taniguchi s’efforce de livrer à son tour une suite à cette histoire dont la popularité, au fil d’adaptations successives sur grand et petit écran, ne cesse d’être renouvelée. Un statut particulier, entre héritage populaire et œuvre à part entière, qui constitue une force autant qu’une faiblesse pour ce film agréable, mais par essence évanescent et quelque peu dispensable.

Les premiers instants de Time Traveller ne laissent aucun doute, sur l’importance de l’œuvre de Tsutsui dans l’inconscient populaire nippon : pourquoi sinon, le film s’embarrasserait-il si peu d’une introduction digne de ce nom ? Certes, l’élan premier de l’Akari incarnée par Riisa Naka, courant vers l’Université pour voir les résultats des examens d’admission, rappelle les bonds animés de Makoto, et la passion de Kazuko pour l’année 1972 est évocatrice, mais n’est-ce pas parce que nous-même sommes familiers de l’histoire ? Il y a fort à parier que le néophyte ne verrait pas grand-chose dans cet assemblage de douces excentricités, et se laisserait porter, perplexe, jusqu’à l’arrivée fantasque d’Akari en 1974.

Une fois cette traversée du temps effectuée, le récit de Taniguchi dessine une progression tranquille, qui s’intéresse plus à l’amitié naissante entre Akari et Ryota qu’à la résolution du mystère Fukamachi (car il y en a bien un : la Kazuko de 1974, ne semble pas connaître le jeune homme à côté d’elle sur la photo laissée par Goro) ; et, surtout, aux rencontres qu’Akari effectue en périphérie. Ainsi fait-elle enfin connaissance de son père, qui les a quittées, elle et sa mère, alors qu’elle était toute petite. L’intelligence du film, est de ne pas faire de ces rencontres impossibles le lieu de quiproquos ou trop de mélodrame. Avec une certaine pudeur, Akari observe ces figures du passé simplement pour apprendre à les connaître, dans un respect implicite de leurs histoires. Même si ce parti-pris désamorce le potentiel Retour vers le futur de l’ensemble – il n’y a pas vraiment d’interactions temporelles dans le film, et même Ryota ne semble pas plus impressionné que ça par les affaires personnelles de sa nouvelle amie, téléphone portable et autres emblèmes du XXIème siècle -, Time Traveller y gagne une nostalgie, que l’on retrouve dans la cinématographie désuète pratiquée par Ryota, appliquée et bienvenue.

Une inconsistance certaine qui a le mérite de berner le spectateur, l’écartant de l’enjeu premier du film pour mieux y revenir. Une fois de plus, dans sa conclusion qui s’en retourne au récit originel de Tsutsui, Time Traveller déconcertera certainement les néophytes, alors que les autres y puiseront la satisfaction de retrouvailles espérées. Dommage que celles-ci portent le mal nécessaire de l’œuvre : son absence totale de durabilité, puisque tout souvenir des voyages dans le temps, comme dans l’histoire originale, est effacé des protagonistes. Si le film de Ryota, comme le parfum de la lavande, survit à cet oubli, affirmant une nécessaire supériorité du souvenir du cœur sur celui de la mémoire (c’est ce qui porte, finalement, tout le film), celui de Masaaki Taniguchi par contre, semble alors s’effacer lui-même, parenthèse divertissante mais un peu inconséquente. Mais tout de même : ce périple méli et un peu mélo se suit avec plaisir, autant pour la grâce tour à tour retenue et hystérique de Riisa Naka, que pour son ambiance seventies très réussie.

Time Traveller est disponible en DVD au Japon, sans sous-titres, ainsi qu’à Hong Hong - en VCD, DVD et Blu-ray - sous-titrés anglais.

- Article paru le samedi 2 avril 2011

signé Akatomy

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