The Man Who Stole The Sun
Un homme seul contre tous qui fabrique une bombe atomique dans sa cuisine ; vive le Japon et les 70’s !...
Makoto Kidô (Kenji Sawada), jeune professeur de sciences, se retrouve malgré lui catapulté en héros par la presse lorsqu’il prend part courageusement à une prise d’otage mettant ses élèves en danger. Il y rencontre un flic intègre et courageux, Masuo Yamashita (Bunta Sugawara). Mais Kidô n’est pas l’homme qu’il laisse transparaître ; il dérobe du plutonium afin de fabriquer artisanalement une bombe A. Son objet de destruction terminé, il joue avec le gouvernement nippon et la police, en leur demandant de lui accorder ses étranges caprices...
Réalisé en 1979, Taiyô wo Nusunda Otoko est le second film du cinéaste culte Kazuhiko Hasegawa (The Murder of Youth /1976), qui d’ailleurs n’en a réalisé que deux à ce jour... Taiyô... nous conte donc l’histoire de ce jeune prof, un peu excentrique, mais surtout très seul. Sa vie bascule le jour où il décide de fabriquer une bombe atomique. Pourquoi mettre en œuvre une telle arme ?... le sait-il seulement lui-même. Il menace par le biais de la police tokyoïte, de détruire la capitale japonaise s’il n’a pas ce qu’il demande ; et sa première requête est plutôt... étonnante ! Il souhaite que le match de Base-ball qu’il regarde à la télévision ne soit pas interrompu par les news de 21 heures... Les forces de l’ordre se démènent alors, faisant même appel au premier ministre pour satisfaire à sa demande. Se rendant soudainement compte du pouvoir qu’il a entre les mains, Kidô commence une liste de choses diverses et variées qu’il pourrait réclamer... mais son principal problème est qu’il ne sait pas ce qu’il veut. Il téléphone alors à ’Zero’ Sawai, une journaliste qui présente une émission de radio très à la mode, et lui demande de poser la question à ses auditeurs afin de savoir ce qu’ils feraient s’ils pouvaient avoir ce qu’ils veulent ; les réponses ne se font pas attendre, et l’on se rend compte que "l’homme de la rue" n’a pas d’aspirations très nobles, l’argent étant son principal intérêt...
Puis la pseudo-journaliste, prémice de ce que l’on n’a que trop connu depuis, lance en l’air l’idée d’organiser un concert des Rolling Stones à Tokyo (interdits sur le sol japonais pour usage de stupéfiants), ne prenant pas son auditeur insolite au sérieux. Quelques jours plus tard, un concert des Stones est organisé dans la capitale nippone à grand renfort d’affiches... D’abord apeurée, ’Zero’ cherche à entrer en contact avec Kidô. Pendant ce temps, Yamashita poursuit lui aussi ce fou qui menace de faire sauter Tokyo à tous moments, sans réellement comprendre pourquoi il a été choisi comme interlocuteur "privilégié" par celui qui se fait appeler "numéro 9" (huit nations possèdent l’arme atomique, il se considère donc comme le numéro neuf)...
C’est la star de la chanson Kenji Sawada, que l’on a également pu voir dans Yumeji (Seijun Suzuki /1991) ou prochainement dans - le très attendu - Katakuri Ke no Kohoku (LA comédie musicale horrifique de Takashi Miike !!!), qui fut choisi pour interprété Makoto Kidô ; hormis le fait de posséder un physique intéressant, Sawada ajoute à cela un certain humour savamment dosé avec une certaine mélancolie, ce qui a pour effet de rendre son personnage ultra-sympathique et attachant. Il faut le voir fredonner la chanson de Tetsuwan Atomu (Astro le petit robot - Osamu Tezuka) tandis qu’il fabrique sa bombe, ou encore lorsqu’il chante à tue-tête ’Get up, stand up’ de Bob Marley en dansant tout autour... En fait, Kidô est un enfant perdu dans un monde d’adultes, qu’il considère d’ailleurs comme tous morts. Il joue tout le temps, grimpe aux arbres, regarde Ultraman à la télé, mange des chewing-gums à longueur de journée, et a peur d’avouer son amour à Sawai (et à lui-même). Il change radicalement de comportement lorsqu’il prend conscience de sa propre mort ; irradié par sa création, sa fin est proche et il le sait. L’enfant qui est en lui disparaît alors pour laisser place à un adulte, effrayé par ce qu’il risque de faire subir à toute une population... Quant à Yamashita le flic pugnace, c’est le vétéran des films de Yakuza, Bunta Sugawara (série des Jingi Naki Tatakai - Combat sans code d’honneur - de Kinji Fukasaku), qui lui prête ses traits avec talent.
A leurs côtés on retrouve la charmante Kimiko Ikegami (House) dans le rôle de ’Zero’ Sawai, et des cameos de qualité comme le grand Kei Satoh (La Condition Humaine, Gishiki), l’un des acteurs fétiches de Nagisa Oshima, ou encore une apparition "amusante" de Kiyoshi Kurosawa (oui, oui, le réalisateur de Cure, Charisma et autre Kairo !!) dans le rôle d’un révolutionnaire suspect au début du film...
Taiyô wo Nusunda Otoko dénonce bien plus qu’il n’y paraît ; critique acerbe des médias qui, sous les traits de Sawai et de son producteur ont une éthique plus que discutable, au même titre qu’une critique de la société japonaise (pas un auditeur ne pense à faire le "bien" autour de lui, au contraire, ce qui ressort est l’avidité ou encore le renforcement de l’exclusion - "[...] nettoyons les rues de Tokyo !! [...]"...). Pur joyau du cinéma nippon des 70’s (une TRES grande période), Taiyô... en film inclassable, reste vingt-deux ans après sa sortie un véritable OVNI cinématographique, et son final on ne peut plus pessimiste quant à l’humanité et à ses aspirations, marquera à tout jamais le paysage filmique japonais... une conclusion s’impose tout naturellement : Taiyô wo Nusunda Otoko est un chef-d’œuvre.
DVD | Amuse Pictures | NTSC | Zone 2 (Japon) | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Remasterisées d’après le négatif original, elles sont sublimes ! | Son : Au choix un re-mixage 5.1 ou le Mono d’origine ; le 5.1 n’est pas énorme mais suffira à vous transporter dans l’univers du film... | Sous-titres : Anglais (uniquement sur le film) | Suppléments : Alors là, Amuse a fait les choses en grand puisque c’est un deuxième DVD qui contient pas moins de 156’ (!!!) de trailers, émissions télé d’époque, entretiens divers, un long documentaire, une video promotionnelle, des filmo/bio de quasiment tous les acteurs et d’une très grande partie de l’équipe technique, un livret de 24 pages,... bref, il y a de quoi faire !
Il existe également un DVD Hong kongais sorti chez Mei-Ah (...), au format, contenant des sous-titres Anglais... mais il est sur deux faces ! A vous de voir... La géniale musique du film composée par Takayuki Inoue vient tout juste de (re)sortir en CD (réf. VPCD-81395).
Info : le film est sorti en salle le 6 Octobre 1979, soit il y a 22 ans quasiment jour pour jour
Site Officiel: http://cinema.infossimo.com/amuse-pictures


