Spark the Lighter
N’en déplaise aux instigateurs de l’excellente collection Asian Star - quiconque rend disponible en DVD Phantom the Submarine et My Sassy Girl mérite une statue à son effigie -, la sortie de Tube en double galette aura prouvé à beaucoup de spectateurs l’incapacité des coréens à livrer un suspense ferroviaire de qualité. Tube n’était pourtant pas leur première tentative : sorti un an avant le blockuster de Baek Wun-Hak, Spark the Lighter lui préférait le train au métro, et se voulait plus original. Bien que pas forcément plus réussi que son successeur, il tentait en effet de surfer sur deux modes différentes : la remise en forme de classiques du cinéma d’action américain contemporain, d’une part, et la comédie mafieuse coréenne - avec force rixes et malfrats présentables - d’autre part.
Bongu (Kim Seung-Wu) est ce qu’il convient d’appeler un loser. Effacé voire lent, il était dans sa jeunesse et demeure aujourd’hui, l’objet des railleries de ses camarades et collègues. Incapable de garder un travail - ne serait-ce qu’au sein de l’armée - Bongu est tout aussi incapable d’avoir de l’argent dans ses poches. Il en est même réduit à faire celles de ses parents, afin de pouvoir payer le voyage jusqu’au camp militaire où il est appelé pour un entraînement de réservistes. Sur place, il « croise le chemin » - c’est-à-dire que celui-ci le bouscule grossièrement - de Yang Chul-Gon (Cha-Seung-Won). Une rencontre anodine parmi d’autres - avec notamment un jeune homme bavard, en guerre contre l’ensemble de la société - au sein d’une journée qui se déroule comme toutes les autres : à savoir, mal.
Le soir alors qu’il n’a même plus de quoi rentrer sur lui, Bongu s’achête un briquet jetable avec toute la monnaie qu’il lui reste. Raccompagné à la gare par le bavard sus-cité, Bongu y fait un arrêt-vidange au cours duquel il oublie son briquet dans les toilettes. Lorsqu’il s’en rend compte, celui-ci a été subtilisé par l’insolent Yang... qui s’avère être un vilain mafieux. Une fois de plus, Bongu se fait malmener, par les hommes de mains de Yang. Mais cette fois, ç’en est trop : ce briquet, c’était la dernière chose qu’il lui restait, et Bongu est bien décidé à le récupérer, coûte que coûte. Comment aurait-il pu savoir qu’il allait, dans ce processus déraisonnable, devoir sauver les otages d’un train lancé dans une course vers la mort ?
Spark the Lighter démarre avec la présentation de Bongu, personnage anti-charismatique au possible. Lui-même ne parle quasiment pas ; son portrait est dressé par ses ex-camarades et autres connaissances, par les rumeurs qu’ils propagent et les questions qu’ils lui posent. Pour compléter le tout, le film s’offre quelques flashbacks de l’enfance du personnage, vécus du point de vue des parents, où l’on découvre le singulier talent de notre héros : s’il est certes simplet, sa tête incassable lui permet de briser des cacahuètes et de recevoir, sans heurts, des tuiles sur la tête.
« Tuiles » pourrait d’ailleurs être le mot clé de Spark the Lighter, faux film de suspense, faux film catastrophe, et fausse comédie. Les accidents bénins du héros malgré lui construisent en effet peu à peu la trame superficielle du film, auxquelles viennent s’ajouter celles vécues par le personnage de Yang Chul-Gon. Mafieux charismatique dont l’allure s’effondre au rythme de ses bégaiements, Yang est tout aussi peu chanceux que Bongu, même s’il a pour lui un certain respect de ses hommes de mains, bêtas et brutaux. Son affrontement avec un Bongu déterminé à mettre la main sur un vulgaire briquet aurait pu être étonnant - surtout si le talent de tête dure - au sens propre comme au figuré - du héros avait été employé à bon escient.
Malheureusement le film de Jang Hang-Jun hésite constamment entre le premier et le second degré, et condamne tous ses protagonistes à rester en suspens, dans une espèce de mécanique comique improbable et dépeuplée, au rythme aussi lent que l’esprit de Bongu. Il y a bien quelques scènes sympathiques qui parsèment le film, - comme cet affrontement entre un gang et la police, monté de toute pièce par les protagonistes pour échapper au drame qui se trame dans le train, théâtre du duel Bongu/Yang - mais elles ne suffisent pas à insuffler une véritable consistance aux velléités pourtant louables du réalisateur et de son scénariste. L’ensemble reste creux et l’action molle ; et si l’on ne s’ennuie pas, on regrette que le sujet, sympathique, ne soit pas tombé entre les mains d’un fan de l’esbrouffe façon Park Chan-Wook, avec qui ce film simple, relecture astucieuse d’une formule éculée, aurait pu devenir quelque chose d’extrèmement jouissif dans sa mise en images d’un acharnement thérapeutique. Tel quel, Spark the Lighter est un film qui ne fait, excusez le jeu de mot, aucune étincelle !
Spark the Lighter est disponible en DVD coréen (zone 3) chez Cinema Service, dans une édition deux DVD. Le film est présenté au format (2.35 :1, transfert anamorphique), sous-titré en anglais.



