Sancho does Asia, cinémas d'Asie et d'ailleurs
Corée du Sud

Shiri

aka Swiri | Corée du Sud - 1999 | Un film de Kang Je-Gyu | Avec Han Seok-Gyu, Choi Min-Sik, Song Gang-Ho

Il est fort probable que, actuellement, Shiri soit le film sud-coréen "moderne" (comprendre post-1997) le plus connu de par le monde : après un énorme succès local (plus de 6 millions de spectateurs sur place), le film a été distribué non seulement à Hong Kong mais aussi au Japon, où il a connu un succès similaire. Il faut dire aussi que, à première vue, Shiri possède un certain côté "Hollywoodien" qui le rend accessible à un public très large.
L’inspecteur Yu (Han Seok-Gyu, le héros de Tell Me Something) est un agent secret au service de l’OP, agence nationale sud-coréenne des services secrets. De 1992 à 1996, il est en chasse de Hee, terroriste nord-coréenne redoutable. En 1996, celle-ci disparaît... pour revenir en 1998, alors qu’un rapprochement des deux Corée est en cours, au travers d’un mach de football symbolique. A ce moment-là, Yu s’apprête à épouser Hyeon, rencontrée un an plus tôt, à laquelle il dissimule sa véritable activité. C’est sans compter sur l’apparition de Park, un agent du bataillon des 8èmes forces d’opération de Corée du Nord, qui met la main sur un chargement de CTX - un nouveau type d’explosif qui a la particularité d’être indifférenciable de l’eau à l’œil nu - et place Séoul sous la terreur...

Scénario traditionnel confrontant un agent hors-normes à un groupe de terroristes tout aussi exceptionnels, musique à la Hans Zimmer, éclairages ultra-soignés... tout porte effectivement à croire que Shiri lorgne du côté des blockbusters US. Néanmoins, la présence du contexte social à différents niveaux de lecture et un montage particulièrement elliptique séparent le film du lot conventionnel pour le transformer en un film d’action intelligent et véritablement passionnant.
Utilisant une mise en scène imparable et des raccourcis narratifs assez osés pour présenter des personnages extrêmement bien définis, le réalisateur Kang Je-Gyu (connu de par le monde pour The Gingko Bed) pose le problème de la division coréenne à tous les niveaux relationnels de son film : dans l’opposition Park/Yu, dans le couple formé par Hyeon et Yu, et dans la personne même de Hyeon. On en finit même par se demander si l’opposition du nord et du sud ne se résume pas au lien qui unit les kissingurami, poissons offerts par Hyeon à son futur époux : ceux-ci entretiennent une relation haine-amour, mais si l’un des deux meurt, l’autre meurt aussi. A elle seule, Hyeon est ce couple de poissons, fusion impossible de deux entités à l’identité commune.

Sous couvert de film d’action gros-budget, Shiri possède cette même dualité, se permettant une critique de l’état actuel de la Corée - chose inenvisageable avant la disparition de la censure en 1997 - et émettant autant de doutes quant aux motivations du nouveau Nord qu’à celles de son propre pays d’appartenance. On y retrouve un peu le conflit d’identité exacerbé dans les films Hong-Kongais de la fin des années 80 et du début des années 90, tels que la série des Once Upon a Time in China de Tsui Hark. En cela, la crise coréenne offre à ses cinéastes matures une richesse sémantique totalement absente des films d’actions occidentaux, et c’est bien ce qui fait de Shiri une étape du cinéma coréen que personne ne doit ignorer.

A ma connaissance, il existe au moins trois éditions DVD de Shiri : deux coréens et un HK. Le premier coréen est nickel mis sans sous-titres, donc exit. L’édition HK est très belle, 5.1 et tout et tout, avec un beau livret, mis non anmorphique. Et puis la seconde édition coréenne tue tout, puisque c’est une double édition packagée "à la Fight Club", anamorphique, avec des heures de suppléments (non sous-titrés, toutefois). Elle est un peu plus chère que les autres, mais ça les vaut carrément !

- Article paru le mardi 5 juin 2001

signé Akatomy

Corée du Sud

Crazy Lee

Corée du Sud

Steel Cold Winter

Japon

Naoki Hashimoto, Sayoko Oho & Miyu Yagyu

Corée du Sud

Reversal of Fortune

Japon

Au Revoir l’été

Hong Kong

Nothing to Lose

articles récents

Hong Kong

Life Is Cheap... But Toilet Paper Is Expensive

Japon

La Harpe de Birmanie

Japon

La Vengeance de la sirène

Japon

Le Pavillon d’or

Chine

Les Feux sauvages

Japon

Cruel Gun Story