RoboGeisha
On y retrouve Noboru Iguchi, Yoshihiro Nishimura, des idoles et transfuges AV aux membres, poitrines et fessiers quelque peu altérés par la mécanique et la folie contractuelle de la nouvelle vague bisseuse nippone, et un paquet d’idées délicieusement crétines qui œuvrent à ne jamais faire mentir un titre qui pourrait aussi bien tenir lieu de synopsis ; pourtant, à y bien regarder, RoboGeisha partage plus de choses avec le Yatterman de Takashi Miike, qu’avec The Machine Girl. Ayant certainement épuisé son stock de faux sang en mettant en scène la vengeance balistique de la belle Ami, Iguchi délaisse, dans cette improbable histoire de rivalité entre deux sœurs promues geishas d’élite, robotisées et assassines, dont l’une s’insurgera en découvrant que leurs employeurs sont de vils savants fous, l’exclusivité de la couleur rouge pour une palette plus variée et de synthèse, de saturations finalement peu explicites. Les gorehounds peuvent passer leur chemin, autant que les amateurs de chairs asiatiques ; tandis que les gosses, eux, sont invités à se munir de leurs premiers poils, autant que de parents un peu irresponsables en mon genre.
Rien ne prédestinait pourtant RoboGeisha à un public juvénile, avec ses femmes Tengu, un appendice phallique au milieu du visage et un acide redoutable en lieu de lactation, ses maikos et geishas dotées d’orifices lance-shuriken et autres lames rectales, et ses immeubles qui saignent. Toutefois, si RoboGeisha se pare d’une évidente sexualité, celle-ci ne va jamais au-delà de la connotation, quoiqu’omniprésente ; la perversité amusée d’Iguchi, ainsi que son affection sans limite des postérieurs, étant diluée dans un enthousiasme très infantile, de geisha transformée en tank, propulsé par le pincement d’un shamisen, et quelque robot-château bling-bling. Ces figures, certes amusantes, l’emportent tant sur le métrage, que du film pour adultes, auto-censuré, on passerait plutôt au film pour enfants, épicé. Ce qui n’est pas une critique en soi : en contrant la restreinte paradoxale d’une Kyoko Fukada en cuir échancré à l’aide de l’érotomanie fulgurante de robots-chiens géants, Miike a déjà fait des merveilles.
Mais tout de même : si Yatterman constituait un carrefour, improbable et réussi, de fantasmes et de générations, on ne peut s’empêcher de penser que, dans son inversion du dispositif, de l’adulte vers l’enfant plutôt que de l’enfant vers l’adulte, RoboGeisha peine à se choisir et se trouver un public. Les cinéphiles pubères seront ravis de retrouver Naoto Takenaka, doté d’un genou mitrailleur sur son fauteuil roulant, tandis que les enfants trouveront amusantes les transformations approximatives de notre héroïne. Les premiers seront un peu frustrés de ne jamais voir le caractère sexué s’incarner pleinement, tandis que les seconds seront émoustillés par tant de suggestion. Par contre, tous seront perturbés à la vision d’une geisha grimée en lycéenne, à quatre pattes dans la poussière qui, la croupe dressée vers le ciel, se prend un sabre dans le derrière. Dans The Machine Girl, cette sordide exécution serait passée inaperçue ; tandis qu’elle est ici si marginale dans le ton, qu’elle en paraitrait presque choquante. Ce que l’on pensait initialement trouver dans RoboGeisha, à force d’appauvrissement en excès graphiques, finit par y sembler déplacé.
C’est la filiation dans laquelle il s’inscrit plus ou moins volontairement, qui dessert finalement le film de Noboru Iguchi. L’ensemble reste divertissant - même si à force, certaines idées deviennent redondantes, et si le film est trop long – tant que l’on est à même d’apprécier des combats de sabres joués fesses à fesses plutôt que face à face (ce qui est, bien entendu, mon cas). Mais face à la richesse d’un Tokyo Gore Police, à l’inventivité d’un Vampire Girl vs. Frankenstein Girl, RoboGeisha fait figure de film facile et un peu trop léger, dont la parodie plus tokusatsu qu’eroguro échoue à satisfaire pleinement. Ne perdons toutefois pas de vue que cet échec très relatif, s’il était occidental, nous contenterait plus que de raison, et qu’il saura écarquiller les yeux de bon nombre de néophytes - surtout s’il s’agit de pré-adolescents désireux de s’encanailler dans un certain exotisme. Et je dois bien avouer avoir été fasciné par l’idée des immeubles qui pissent le sang, hommage fantastique à des milliers de structures miniatures piétinées sans vergogne au cours de plusieurs décennies de tradition du Kaiju Eiga.
RoboGeisha est pour l’instant disponible en DVD au Japon, sans sous-titres, ou en Angleterre, sous-titré anglais ; bientôt rejoint par une édition américaine. Rien en vue pour la France néanmoins !





