Eye for an Eye
Le capitaine Baek Sung-chang est sur le point de donner sa démission, quand un fourgon de transport de fonds se fait braquer en plein jour dans les rues de Seoul. La particularité du crime ? L’un des voleurs a eu l’insolence de se faire passer pour lui pour commettre son méfait sans attirer l’attention. Comme si cela ne suffisait pas, le dénommé Ahn Hyun-min et ses hommes se jouent de l’équipe de Sung-chang pour dérober 600 kilos d’or d’un mafioso local, déjà propriétaire des millions emportés avec le fourgon. Sung-chang ne tarde pas à comprendre que le ponte en question, qu’il a lui-même déjà tenté, sans succès, de faire tomber, fait l’objet d’une vengeance particulièrement alambiquée, dans laquelle il est utilisé comme un simple pion...
Kwak Kyung-taek, quelques années après son décevant Typhoon, remet avec Eye for an Eye le couvert d’une confrontation. Pas de contexte géopolitique ou de toile socio-culturo-historique au programme, mais une opposition criminel/flic des plus classiques, volontairement dénuée de grand spectacle au profit de l’humain et d’un certain cool hérité de la grande tradition des films de casse américains. Le réalisateur y renoue, en dépit de la présence derrière la caméra d’un second metteur en scène (Ahn Kwon-tae, dont il a en réalité pris la place en cours de tournage), avec sa propension à l’ellipse illisible, mais surmonte globalement l’écueil de ses précédents films en restreignant le scope de sa narration, pour faire la part belle à ses deux acteurs principaux, fantastiques.
Que ce soit dans Friend ou Typhoon en effet, Kwak a tendance à se perdre dans des narrations trop ambitieuses, multipliant les lieux, les protagonistes et les époques sans savoir équilibrer ses différentes attentions. Il joue de transitions implicites souvent difficiles à saisir, qui laissent la désagréable impression de toujours avoir une bobine de retard sur le film. L’ouverture de Eye for an Eye, en dépit d’un générique à la cohérence insaisissable, parvient à jouer de cette habitude sans s’y abîmer : en laissant le braquage dans l’ombre, Kwak et Ahn permettent à Sung-Chang de s’affirmer, rétroactivement, fin limier, autant qu’ils dessinent les contours fuyants d’un braqueur habile et inhabituel.
La première moitié du film construit ainsi l’antagonisme de Baek et Ahn, alternant les avancées obscures et les autres, presque sur-détaillées : alors que la plupart des enchaînements sont à peine chuchotés, d’autres bénéficient d’une minutie que l’on qualifierait presque d’overkill, tant les split-screens surjouent des scènes pourtant, pour le coup, explicites (le vol des 600 kilos d’or sur le parking d’un aéroport). Mais que leur montage soit hype ou classique, ce qui ressort de chacune des scènes de Eye for an Eye, qui ne comporte pour ainsi dire aucune véritable scène d’action, c’est le charisme de ses deux acteurs – Han Suk-kyu en priorité.
Cheveux argentés, veste claire, un rire aigu – presque hystérique - en contrepoint de sa tonalité sérieuse... Han Suk-kyu dessine une personnalité insolente, laisse transparaître une propension à la violence inutile et égrène chaque phrase de grossièretés, tout en conservant une classe redoutable. Son portrait d’un flic, non pas acharné, mais peu enclin à subir l’humiliation et la manipulation, apporte beaucoup de fraîcheur à une structure par ailleurs sans réelle originalité. Face à lui, Cha Seung-Won est aussi excellent (si l’on excepte son ultime cliché, à faire darder Donnie Yen), calme et résigné. Ensemble, ils sortent Eye for an Eye de la filiation de Heat et autres polars crépusculaires, et l’entraînent plutôt sur le terrain d’un faux Soderbergh, sourire en coin. Autant dire que certains s’estimeront peut-être trompés sur la marchandise par des affiches qui renvoient à Public Enemy et autres City of Violence ; mais la nature véritable de Eye for an Eye est finalement plus intéressante et agréable que l’idée que l’on pouvait s’en faire. Point de nihilisme ici, mais un certain enthousiasme dans la vengeance pour livrer du cinéma classique, modeste et positif : des qualités de plus en plus rares qu’il convient de souligner.
Eye for an Eye sera disponible en DVD coréen sous-titré anglais à la fin du mois d’octobre 2008.


