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Corée du Sud

Beautiful Sunday

aka Byootipool Seondei | Corée du Sud | 2007 | Un film de Jin Kwang-kyo | Avec Park Yong-Woo, Nam Koong-Min, Min Jee-Hye

Le détective Kang parvient à mettre la main au collet de Sang-tae, dealer notoire, en plein deal de crack. Sur les deux kilos saisis pendant l’opération pourtant, seuls 200 grammes sont retenus contre le criminel, qui comprend que Kang, corrompu, a été tuyauté et s’est emparé du reste pour le refourguer à l’un de ses concurrents. Kang, alcoolique de surcroit, fait en effet affaires avec un mafieux du nom de Ki-chul, pour payer les frais d’hospitalisation de sa femme, dans le coma depuis cinq ans. En parallèle des déboires de ce flic terni, un jeune homme, Min-woo, s’éprend de Su-yeon, qui passe tous les jours devant son immeuble. Un soir, alors qu’il se rend compte que le cœur de la belle est déjà pris, il tente de l’aborder. La jeune femme panique et, contre toute attente, le jeune homme la viole, sans qu’elle voit jamais son visage. Profitant de l’anonymat de son crime, il n’abandonne pas son désir de conquête, et parvient même, quelque temps après, à séduire la jeune femme blessée...

Beautiful Sunday est le premier film d’un jeune réalisateur coréen, Jin Kwang-kyo. Polar sombre plongé sous le signe du malsain, c’est une œuvre fascinante qui réussit l’exploit, en dépit de suivre deux héros, de n’en proposer en réalité aucun. Travail méticuleux de déstructuration narrative, cette histoire double prend autant de risques : celui de distancier le spectateur de protagonistes exclusivement négatifs, mais aussi celui de le perdre par le biais d’une écriture instable. Le montage en effet, navigue entre les deux trames sans jamais proposer de véritable liant narratif, jouant d’opportunités circonstancielles – une enquête sur une série de viols – pour créer un parallélisme dérangeant. Car si les actes de Kang – qui n’a pas de prénom – et de Min-woo – qui n’a pas de nom – étaient véritablement parallèles, ils ne se croiseraient jamais, n’est-ce pas ? A moins d’être confondus...

Cette structure complexe est le principal intérêt de Beautiful Sunday. Jin Kwang-kyo dessine un portrait dual plus qu’il ne raconte une histoire, et l’on se plaît à deviner, dans la noirceur immorale du propos, la révélation en construction. Notre passif de spectateur enlève au film son réel potentiel de surprise, mais qu’importe, puisqu’il est tout aussi agréable de se laisser porter par l’intelligence et la pertinence de son montage. Les délimitations, de cadrage et/ou narratives, des espaces d’évolution de Kang et Min-woo sont parfaitement claires, travaillées, comme leurs liens implicites, pour esquisser une réalité plus sordide encore que l’existence de ces deux êtres détestables. Le jeu des acteurs – incroyable Park Yong-Woo – renforce cette affirmation en devenir, tant les deux hommes en viennent à se ressembler physiquement, simplement à la force de leur jeu. Cette même façon de traverser la vie, tour à tour acteurs violents et ombres de leur culpabilité...

Et même au-delà de la structure, Beautiful Sunday est étonnant, puisqu’il parvient à accumuler les scènes de vie – policières, amoureuses – sans qu’elles prennent l’allure de fausses pistes. Ou même de vraies d’ailleurs : le film se construit une cohérence telle, au-delà d’un quelconque objectif narratif, qu’on se laisse porter par ses courses poursuites dans les ruelles caractéristiques de la ville (déjà parcourues dans Nowhere to Hide), par le simple vecteur qu’est la vengeance de Sang-tae puis de son homme de main, autant que par l’émotion pervertie qui unit progressivement Min-woo et Su-yeon sous l’ombre du viol inavoué.

Jim Kwang-kyo livre donc avec ce premier film un très bel objet de Cinéma : écrit, réalisé, joué et monté pour profiter pleinement des possibilités d’incarnation du média. Une incarnation qui est essentiellement celle de la mémoire, et dont le réalisateur questionne la vie propre, ainsi que la possibilité de la « tuer », sans mettre un terme à la réalité - et donc à la vie - de la personne à qui elle appartient.

Beautiful Sunday est disponible en DVD coréen sous-titré anglais chez KD Media.

- Article paru le lundi 27 octobre 2008

signé Akatomy

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